MENU

18/12/2020

Cueillettes professionnelles et flore sauvage
concilier préservation du patrimoine naturel
et valorisation des ressources végétales sauvages

Médicinales, savoureuses, esthétiques, tinctoriales… les plantes sauvages ont de nombreux atouts pour lesquels elles sont de plus en plus convoitées. Les cueillettes à visée commerciales ont alors des incidences – tant positives que négatives – encore mal appréhendées...

Le grand public le sait peu mais l’exploitation des ressources végétales sauvages alimente un marché multiforme en pleine expansion. À la faveur de l’engouement pour les produits naturels, de nombreuses filières artisanales et industrielles (cosmétique, parfumerie, pharmacie humaine et vétérinaire, agroalimentaire, décoration florale, etc.) sont très consommatrices d'ingrédients végétaux. Cette matière première, pour partie issue de culture,est aussi largement prélevée dans les milieux naturels, sans réelle prise de conscience des impacts, notamment en matière de biodiversité.

Les chiffres parlent au travers du rapport WILD AT HOME Exploring the global harvest, trade and use of wild plants ingredients de l’ONG TRAFFIC qui avance que 60 à 90% des plantes aromatiques et médicinales (PAM) commercialisées dans le monde sont issues du sauvage. 
Ce même rapport indique aussi que sur les 30 000 espèces connues et documentées pour leurs usages aromatiques et médicinaux dans le monde, seulement 7% ont fait l’objet d’une évaluation ; il en ressort un constat pour le moins préoccupant : 1 espèce sur 5 évaluées se révèle menacée d’extinction à l’état sauvage.

En France, l’utilisation de plantes sauvages n’est pas nouvelle mais les volumes et la multiplicité des espèces recherchées, ces dernières décennies, sont sans précédent. Déjà en 2011, le Conservatoire recensait 436 espèces cueillies (cueillettes familiales et commerciales confondues) sur son territoire d’agrément.
En 2018, les botanistes du Conservatoire ont mis en évidence, en collaboration avec des cueilleurs professionnels, 728 espèces ou sous-espèces concernées par des prélèvements à buts commerciaux en métropole française ; ce qui correspond à un peu plus de 10% de la flore de ce territoire.

Aujourd’hui, certaines espèces très recherchées par l’industrie, comme la Gentiane jaune, l’Arnica, l’Ail des ours ou le Narcisse dont les prélèvements dans la nature se comptent en tonnes, génèrent de nombreuses tensions. Concurrences entre équipes, incompréhension entre cueilleurs et propriétaires ou gestionnaires d’espaces et méconnaissance de la thématique par les pouvoirs publics, entre autres, construisent la part sombre de la réalité sociale du monde des cueillettes. Dans le même temps, des cueilleurs s’organisent pour structurer la profession, réfléchir à leur statut et faire entendre leur voix auprès des services de l’État. Les lignes bougent peu à peu...

Par ailleurs, bien qu'elles concernent essentiellement des plantes communes, les cueillettes commerciales interviennent parfois sur des espèces plus rares ou à l’écologie spécifique. Il est avéré que certaines populations de plantes, comme celles de Gentiane et d’Arnica dont la France est l’un des principaux pourvoyeurs, font l’objet de « razzias » alors qu'elles sont déjà très fragilisées car très sensibles aux perturbations de leurs habitats.
Ces cueillettes de dimensions industrielles se déploient aussi en Occitanie, et plus particulièrement dans le massif pyrénéen, sans qu’une gestion concertée des ressources soit mise en place.
Dans un contexte général d’érosion de la biodiversité où interagissent de nombreux facteurs, la régulation des pratiques d’exploitation des ressources végétales sauvages est une question de plus en plus prégnante... Des enjeux de connaissance et de conservation se font urgents.

À l’œuvre, derrière ces plantes sauvages, des cueilleuses et des cueilleurs dont l'activité demeure assez méconnue et en pleine mutation. Les agriculteurs-éleveurs, qui pratiquaient la cueillette jusque dans les années 1970, ont cédé la place à d’autres acteurs : néo-ruraux investissant l’espace rural en déprise et y développant une économie locale, jeunes du pays voulant continuer à y vivre y compris sans terre, mais aussi gens du voyage, main d’œuvre étrangère...
Dans ce contexte, des cueilleurs professionnels se fédèrent et créent, en 2011, l'Association Française des professionnels de la cueillette de plantes sauvages (AFC) ou encore l’Association interprofessionnelle Gentiana Lutea qui voit le jour en 2014 pour se dédier spécifiquement à l’exploitation durable et à la valorisation de la Gentiane jaune.
Actuellement, l’idée de mettre en place un Observatoire des cueillettes est à l’étude...

Imaginer une gestion durable de la ressource végétale sauvage implique une bonne connaissance de la thématique et des acteurs impliqués.
À la croisée des sciences sociales et naturelles, les membres de l’équipe « cueillettes » (ethnologues, chargés de conservation, géomaticiens) du pôle de recherche ethnobotanique du Conservatoire sont aujourd'hui l'interlocuteur privilégié des associations professionnelles de cueilleurs, des groupements et syndicats de producteurs au niveau local et national.
Dans le même temps, des échanges réguliers et des collaborations étroites sont poursuivis avec les propriétaires fonciers (communes, particuliers, etc.), les gestionnaires et les usagers d’espaces naturels (Office national des forêts, Conservatoires d'espaces naturels, Parcs, groupements pastoraux, régie de station de ski, etc.), les pouvoirs publics et les polices de l’environnement (Ministère en charge de l'écologie, Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement, Direction départementale des territoires, Office français pour la biodiversité), sans oublier les apports partagés par la communauté scientifique et universitaire et l'implication de plusieurs conservatoires botaniques nationaux...

Entre acquisition de connaissances et appuis techniques, l'équipe du Conservatoire apporte la richesse d’une approche pluridisciplinaire sur les questions environnementales, socio-économiques et réglementaires que soulèvent les cueillettes commerciales et professionnelles. Accompagnant réflexions et projets concertés en vue d'une valorisation responsable des ressources végétales sauvages, le Conservatoire inscrit ses actions et ses initiatives en pleine cohérence avec la stratégie régionale biodiversité (Défi 3, action3.1).
Recherches, enquêtes de terrain, suivis d'espèces, mise en place de plans de gestion pilotes, efforts de sensibilisation, de nombreux travaux entrepris par le Conservatoire et ses partenaires ont contribué à largement étoffer le corpus documentaire sur les cueillettes dites commerciales, sans omettre de porter un regard non moins attentif sur les pratiques, usages et représentations, ainsi que sur les cueillettes dites familiales et botaniques. > En savoir plus... Cueillette traditionnelle et flore sauvage

Ressources documentaires MONDE DE LA CUEILLETTE

Restitués ici, sans état de l'art exhaustif, l’ensemble des articles, rapports d'étude, ouvrages et autres productions accessibles en téléchargement ci-après, offrent de mieux comprendre ce sujet aux multiples facettes : entre pratiques, usages et représentations, avec comme fil rouge des enjeux de biodiversité mais aussi une opportunité de développement économique local, des implications réglementaires et des réseaux d’acteurs complexes...

Garreta R. & Morisson B., 2011, La cueillette des plantes sauvages en Pyrénées et Midi-Pyrénées. Phase 1, état des lieux, Conservatoire botanique national des Pyrénées et Midi-Pyrénées.

Garreta R. & Morisson B., 2014, La cueillette des plantes sauvages en Pyrénées. Phase 2 : analyse et valorisation, Conservatoire botanique national des Pyrénées et Midi-Pyrénées.


Garreta R., Lavabre M. & Morisson B., 2017, Dires et gestes de cueilleurs. Une enquête ethnographique auprès de cueilleurs professionnels. Trois cueillettes : Arnica, Thé d’Aubrac et Gentiane jaune, Conservatoire botanique national des Pyrénées et Midi-Pyrénées, Petit objet multimédia en ligne (https://cbnpmp.fr/gestes-et-dires-de-cueilleurs), 21'47.

Garreta R., Lavabre M. & Morisson B., 2017, Ah cueillir les Pyrénées ! Les Pyrénées dans vos chaussuresRéseau éducation Pyrénées vivantes, Encyclopédie radiophonique sur le patrimoine naturel des Pyrénées (http://www.repv.org/_1_99_111.html), 11'14.

M. Albert-Llorca & R. Garreta, 2016, Des sociétés rurales européennes aux cueilleurs professionnels de plantes sauvages : visions et pratiques de la nature, In Les relations Homme-nature dans la transition agroécologique, Sous la direction d’A. Javelle, Ed. L’Harmattan, pp. 107-124.

R. Garreta & C. Julliand, 2017, Pour un autre regard sur la cueillette commerciale de plantes sauvages : les "pratiques gestionnaires" des cueilleuses et cueilleurs professionnels, In Actes des 3èmes Rencontres végétales du Massif central Découvrir, comprendre et protéger la flore et la végétation du Massif central, 27 au 30 mai 2015 à Saint-Etienne, Conservatoire botanique national du Massif central, pp. 155-162.

R. Garreta, 2017, Un tour d’horizon de quelques cueillettes commerciales, In P. Lieutaghi, Actes du séminaire d’ethnobotanique de Salagon Les plantes manipulées : morales du végétal ?, 8 au 10 octobre 2015 à Salagon, Ed. Musée de Salagon, pp. 195-200.
J. Cambecèdes & R. Garreta, 2018, La cueillette des plantes sauvages : exploitation des ressources naturelles et conservation d’un patrimoine naturel, In Journal of new sciences, Volume CIRS (13) E-ISSN 2286-5314, pp. 3355-3365.

J-P. Lescure, T. Thévenin, R. Garreta & B. Morisson, 2018, Les plantes faisant l’objet de cueillettes commerciales sur le territoire métropolitain. Une liste commentée, In Le Monde des Plantes, 517 [2015], pp. 19-39.

C. Julliand, F. Pinton, R. Garreta & J-P. Lescure, 2019, Normaliser le sauvage : l’expérience française des cueilleurs professionnels, In EchoGéo, 47.

R. Garreta, 2019, Sur les cueillettes de plantes sauvages, InBulletin de la Société d’Histoire Naturelle de Toulouse, T. 154 [2018], pp. 229-232.

R. Garreta, 2019,FloreS – Document de synthèse des travaux du projet (2014-2018), UNIL - AgroParisTech - Conservatoire botanique national des Pyrénées et de Midi-Pyrénées - FEH, 44 p.

Garreta R., 2019, Le monde de la cueillette, Radio Télévision Suisse, Emission Tribu du 22 novembre 2019 (https://www.rts.ch/play/radio/tribu/audio/le-monde-de-la-cueillette?id=10848967), 25'47.



Ressources documentaires FOCUS ESPÈCES

Génépi (Artemisia eriantha Ten. et Artemisia umbelliformis Lam.)

Zarattin V., 2012, Le garde, le Berger et l’Isard ou le Génépi pyrénéen : étude ethnobotanique sur le génépi (Artemisia eriantha Ten. et Artemisia umbelliformis Lam.) en Pyrénées, rapport de stage.

Millepertuis à feuilles rondes (Hypericum nummularium)

Zarattin V., 2012, Enquête ethnobotanique sur les usages et pratiques familiales et commerciales de l’Hypericum nummularium ou Millepertuis feuilles rondes dans les Pyrénées, rapport de stage.

Thé d'Aubrac (Calamintha Grandiflora)

Chanut M., 2013, Inventaire systématique du Clinopodium grandiflorum ou Thé d’Aubrac sur l’Aubrac, rapport de stage.

Garreta R., 2014, La cueillette des plantes sauvages dans le Massif central. Phase 2 : éléments d’analyse et valorisation. Des cueilleurs et des cueillettes, Calamintha grandiflora en Aubrac.

Garreta R., Lavabre M. & Morisson B., 2017, Dires et gestes de cueilleurs. Une enquête ethnographique auprès de cueilleurs professionnels. Trois cueillettes : Arnica, Thé d’Aubrac et Gentiane jaune., Conservatoire botanique national des Pyrénées et Midi-Pyrénées, Petit objet multimédia en ligne (https://cbnpmp.fr/gestes-et-dires-de-cueilleurs), 21'47.


Gentiane jaune (Gentiana Lutea)

Garreta R., Morisson B., Garcia J., Gire L., Cambecèdes J., 2013, La cueillette des plantes sauvages en Pyrénées. Phase 2 : analyse et valorisation. Récolter Gentiana lutea en Pyrénées

Garreta R., 2014, La gentiane jaune des Pyrénées, les racines de la discorde , In : Lieutaghi P. et Musset D., Les racines ou la métaphore des origines. Actes du séminaire de Salagon, 2014, Forcalquier, C’est-à-dire Editions, pp. 151-162.

Garreta R., 2015, La Gentiane jaune , In : La Garance Voyageuse, Revue du monde végétal, n°111, Automne 2015, pp. 32-35.

David R., 2017, Caractérisation de populations de Gentiana lutea et Rhodiola rosea dans les Pyrénées, rapport de stage.

Cambecèdes J., Morisson B., Garci J. & Durand B., 2018, Exploiter et préserver. Vers un plan de gestion durable de la Gentiane jaune dans les Pyrénées.

Garreta R. & Morisson B., 2019, Gentiane jaune : entre exploitation de la ressource et conservation d’un patrimoine naturel, Conservatoire botanique national des Pyrénées et Midi-Pyrénées, Fiche technique n°13 - Sensibilisation, 6p.

Garreta R., Lavabre M. & Morisson B., 2017, Dires et gestes de cueilleurs. Une enquête ethnographique auprès de cueilleurs professionnels. Trois cueillettes : Arnica, Thé d’Aubrac et Gentiane jaune., Conservatoire botanique national des Pyrénées et Midi-Pyrénées, Petit objet multimédia en ligne (https://cbnpmp.fr/gestes-et-dires-de-cueilleurs), 21'47.


Arnica des montagnes (Arnica montana)

Morisson B., 2013, La cueillette des plantes sauvages en Pyrénées. Phase 2 : analyse et valorisation. La cueillette de l’Arnica des montagnes en Pyrénées.

Garreta R., Lavabre M. & Morisson B., 2017, Dires et gestes de cueilleurs. Une enquête ethnographique auprès de cueilleurs professionnels. Trois cueillettes : Arnica, Thé d’Aubrac et Gentiane jaune., Conservatoire botanique national des Pyrénées et Midi-Pyrénées, Petit objet multimédia en ligne (https://cbnpmp.fr/gestes-et-dires-de-cueilleurs), 21'47.

Visionner l'intégralité de la vidéo

Garreta R., Lavabre M. & Morisson B., 2017, Dires et gestes de cueilleurs. Une enquête ethnographique auprès de cueilleurs professionnels. Trois cueillettes : Arnica, Thé d’Aubrac et Gentiane jaune., Conservatoire botanique national des Pyrénées et Midi-Pyrénées, Petit objet multimédia en ligne (https://cbnpmp.fr/gestes-et-dires-de-cueilleurs), 21'47.