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13/12/2019

Une approche pour décrire les milieux humides grace aux champignons

Les champignons sont innombrables en nombre d’espèces. Quelques uns se mangent. Beaucoup sont esthétiques pour qui sait s’émerveiller. Mais nombreux sont ceux qui passent inaperçus à un regard non averti. La moindre promenade en forêt et sans le savoir, nous passons à côté de centaines d’espèces. Pour le mycologue leur identification précise et leur classification constituent un casse-tête, ou un jeu, c'est selon. Pour l’écologue, mieux identifier leurs rôles et leur place dans les écosystèmes est du plus grand intérêt...

Le Conservatoire botanique propose une méthodologie d'étude des communautés de champignons en lien avec les végétations. Cette méthode s’appuie sur une table de données, conçue pour mettre à disposition des mycologues, des écologues et des gestionnaires des milieux naturels une synthèse de données écologiques sur les champignons des milieux humides.

Télécharger la table de données

Pour en savoir plus,
Contacter Gilles Corriol, mycologue et reponsable du pôle connaissance

Voir et écouter l'intervention de Gilles Corriol, lors du colloque "Valeurs et usages des zones humides" organisé par le Conservatoire botanique national de Bailleul (CBNBl) organise un du 26 au 30 septembre 2017 à Bailleul (59).



Publication : Corriol G., (à paraître). Bioévaluation fongique en milieux humides : adéquation de l’échelle synusiale. Documents phytosociologiques,

Résumé : Les communautés fongiques, par leur grande diversité taxinomique et écologique, représentent une importante source potentielle en matière de bio-évaluation. Hétérotrophes, les espèces qui les composent sont intimement liées aux cycles biogéochimiques et aux producteurs primaires qui constituent la végétation. Leurs différents modes de nutrition, la diversité des substrats qui les accueillent, l’espace vital spatio-temporel extrêmement varié qu’elles occupent et les successions complexes que montrent leurs communautés leur confèrent des propriétés permettant une description fine des milieux naturels, notamment des milieux humides, dans lesquels elles occupent tous les habitats. Leur description présente toutefois des contraintes méthodologiques non négligeables, notamment du fait de leur diversité et complexité taxinomique et de leur nature cachée avec apparition fugace de sporophores visibles.
Une synthèse des essais historiques pour établir des classifications et des qualifications des communautés fongiques montre que ces difficultés ont freiné leur développement. De la feuille en décomposition jusqu’aux vastes volumes d’horizons holorganiques ou organominéraux du sol, nous nous intéressons particulièrement dans cette analyse à l’échelle de perception des compartiments écologiques pris en compte pour la description des communautés. Reconnaissant les difficultés inhérentes à la constitution d’un synsystème mycosociologique, nous argumentons qu’un tel système reste dans l’absolu pertinent surtout s’il est bâti sur des bases synusiales, en adaptant les critères de délimitation des synusies aux caractères propres des champignons. C’est ainsi, au plus proche des processus écologiques, qu’un tel système permet, sur des bases biologiques, une analyse fine des milieux naturels, complémentaire des outils phytosociologiques de bio-évaluation habituellement utilisés.
Nous proposons et illustrons sur la base d’exemples concrets une méthodologie permettant de contourner les difficultés propres à l’établissement d’un système mycosociologique synusial indépendant, qui permet (i) de conserver l’approche synusiale des communautés, (ii) d’appréhender les communautés fongiques en lien avec les végétations auxquelles elles sont subordonnées, (iii) de produire un outil opérationnel de bio-évaluation à l’échelle d’un site ou d’un type de végétation (élémentaire ou complexe). Cet outil est constitué d’une table de données attributaires pour une sélection de 1 130 espèces de champignons présents dans des milieux humides. Cette table pourra être utile aux gestionnaires, aux spécialistes de la végétation et aux mycologues, tout en encourageant une interdisciplinarité dans la bio-évaluation.


Abstract: (Fungal bio-evaluation in wetlands: synusial scale adequacy) Due to their wide taxonomic and ecological diversity, fungal communities may be used for bio-evaluation purposes. As heterotrophic organisms, fungi are strongly related to biogeochemical cycles and primary producers such as plants. Fungi exhibit different modes of nutrition, establish on various substrates, occupy space differently across space and time. The communities they form show complex successions which can be finely described in natural habitats, in particular wetlands where they occupy all habitats. The description of fungal communities, however, presents significant methodological constraints, in particular because of taxonomic issues and their hidden nature with only transient emergence of observable sporophores. A synthesis of historical attempts in classifying and typifying fungal communities reveals that they have been strongly limited by the issues raised above. In this study, I focus on the scale of assessment of fungal communities, from a single decaying leaf to large volumes of holorganic or organomineral soil horizons. Acknowledging the difficulties inherent to its elaboration, I argue that elaborating a mycosociological synsystem is relevant as far as it uses the synusial framework and defines synusiae based upon specific characters of fungi. Close to ecological processes, such a system allows a fine biological assessment of natural environments, and can be used in combination with phytosociological tools of bio-evaluation.
Using concrete examples, I propose a methodology which avoids the difficulties inherent to an independent synusial mycosociological system, and allows (i) to implement a synusial approach of communities, (ii) to understand fungal communities in relation with the plant communities to which they are subordinated; (iii) to produce an operational bio-evaluation tool at the scale of a site or a type of vegetation (elementary or complex). The tool consists of a data table for 1,130 selected fungus species occurring in wetlands. This table may be useful for managers, vegetation scientists and mycologists, while encouraging cross-disciplinarity in bio-evaluation.

Photo : Pholiota graminis (Quél.) Singer, lac de Mielan (31) (c) Gilles Corriol / CBNPMP